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Chroniques de l’ordinaire : Charly


Il ne s’appelle pas vraiment Charly.
Mais son vrai nom est difficile à prononcer pour un occidental.
Il est né en 1960 au Cambodge, dans une riche famille de négociants.
Il m’a dit qu’il était aussi un peu chinois et un peu laotien.
Sa vie a été confortable et douce jusqu’à ses quinze ans.
L’année de ses quinze ans il s’est retrouvé orphelin, sans un sou et évacué dans un pays dont il ne parlait pas la langue.
Les Khmers rouges avaient décidé de massacrer toute sa famille, tous les gens qu’il connaissait, et de détruire totalement son monde.
Il n’est jamais retourné là bas.
Il se raconte peu.
Ça fait trois ans que je le croise chez un ami commun.
Sans le connaître du tout. Il est quasi invisible.
Là on a parlé pour la première fois.
J’ai été étonnée par son âge, il a une dégaine d’ado.
Il avait invité quelques occidentaux à venir pour l’inauguration du temple bouddhiste qu’il fréquente.
J’ai aimé ce moment exotique et hors du temps.
Au moment de la collation, Charly m’a servi un plateau de mets qu’il avait préparé lui même.
C’était délicieux.
Il m’a dit :  » dans ma communauté on ne dit pas « bonjour », on demande « as-tu mangé ? ». Parce que d’avoir l’estomac plein c’est finalement la seule chose qui soit vraiment essentielle ».
Je n’ai pas su quoi répondre.
J’avais la bouche pleine de crevettes à la sauce et de nouilles grillées.
On mangeait dehors, en plein mois de janvier, l’air était doux.
Il a repris, paisiblement :
« Pour vivre il faut de quoi manger, et ne pas être seul. On ne peut pas être heureux seul. »
Et il a ri.
« Quand je suis arrivé à Paris ça a été dur. Mon précepteur m’avait appris à parler anglais, je devais faire mes études à Eton. J’ai eu du mal à apprendre le français. Après la décolonisation on n’apprenait plus le français au Cambodge.
Il faisait froid. C’était le mois d’avril et pourtant la température était en dessous de zéro. J’étais pas habillé comme il faut.
Ma mère m’a mis dans le premier avion en partance, un douanier a pris tous ses bijoux pour cette unique place. C’était pour Paris. Je connaissais personne. J’ai mis huit jours pour trouver des gens qui me comprennent, pour qu’on me donne à manger. J’ai jamais volé. J’ai menti sur mon âge pour pas me retrouver en foyer. Holala ça fait mal d’avoir faim.
Tu veux un gâteau à la noix de coco ?
Tu sais les français à cette époque ils nous aimaient pas. La guerre d’Indochine ça avait laissé de mauvais souvenirs. Ils nous prenaient tous pour des « chinetoques » tout juste bons à faire des nems ou à repasser leurs chemises. Tous dans le même panier, les thaï les Viêt les Laos ou les cambodgiens.
J’allais tous les jours à l’aéroport chercher les autres réfugiés, ceux qui arrivaient du pays, leur demander des nouvelles, savoir s’ils avaient entendu parler de ma famille.
Ben quoi fais pas cette tête. C’est fait, c’est fait.
Reprends du gâteau j’ai horreur des gens maigres.
Tu sais ma vie est belle, j’ai un toit et un frigo plein.
Souris.
Raconte moi tes malheurs je sais écouter.

Ma vie est belle Charly j’ai un frigo plein et un toit.

Bien dit. C’est une belle journée.

CHRONIQUES DE L’ORDINAIRE – Luc


Luc.
85 ans. Veuf depuis dix ans.
Journaliste à la retraite depuis longtemps.
Luc s’ennuie dans la vie.
Ses amis sont morts, séniles, ou trop vieux.
Sa famille est occupée.
Ses journées se ressemblent toutes.
6h il se lève.
Il se rase, se lave, déjeune.
Il sort acheter le journal. Le pain. Faire un tour.
Puis il rentre.
Il attend la livraison de son repas.
La femme de ménage vient.
Il surfe sur internet.
Il lit.
Le repas du soir arrive. Un film. Et dodo.

Il existe mais ne vit plus. Il n’a pas envie de mourir. Mais il s’ennuie tellement que sa vie ne l’intéresse plus.

Enfin, ça a changé. Luc est tombé amoureux.
Très amoureux.
De moi.
Ça le rend complètement dingo.
Il ne pense qu’à ça toute la journée.
Il m’écrit des dizaines de mails chaque jour depuis trois mois.
Il appelle.
Joue comme un gosse à se prendre en photo avec sa webcam en train de faire le pitre avec des chapeaux bizarre ou des sabres de samouraïs.
Il m’appelle au boulot sous des prétextes idiots.
Il m’écrit des poèmes.
Il appelle.
Il appelle.
Il appelle.
Encore et encore.

Il est jaloux des gens que je vois, de mes amis, de mes mecs passés.
Il est devenu trop envahissant en fait. Possessif et exigeant.
Je ne le supporte pas de ceux que j’aime alors sûrement pas des autres.

Je lui ai parlé tout à l’heure.
Tout doucement, avec tendresse, je lui ai cependant brisé le cœur.
J’ai dit stop.
Je ne peux pas le laisser faire.
Il sanglotait et j’ai eu mauvaise conscience.
Mais je ne peux plus.

L’amour n’a pas d’âge.
Les chagrins d’amour non plus.

Chroniques de l’ordinaire : Marc


Marc est psychiatre.
Marc est juif.
Marc a 71ans.
Il est petit, maigre, chauve.

Marc me fascine. Autant que je le fascine.
Il m’appelle « ma pépite ».
Je l’appelle « Marc » alors que tout le monde l’appelle « Docteur ».
C’est mon client. Je ne suis pas sa patiente.
Je lui ai demandé de me faire une liste de livres à lire.
Je le fais souvent quand je sens que mon interlocuteur est brillant.
Ça lui a plu. L’intimité des livres partagés.

Il m’a proposé d’être sa muse plusieurs fois.
Il n’est pas beau et pourtant c’est un homme à femmes indéniablement. Il fait preuve d’une délicatesse quand il me fait la cour qui me fait raffoler de lui.
Son intelligence supérieure est irrésistible.
Je lui ai proposé mon amitié et ça lui a occasionné un fou rire mémorable.
« Allons ma merveilleuse, vous ne croyez pas à ces balivernes ? L’amitié pure entre un homme et une femme -surtout vous – est tout à fait impensable. Laissez moi vous aimer à ma guise et ne vous inquiétez pas, je ne vous volerai pas votre liberté. C’est libre que vous êtes « vous ». Et pitié ne vous laissez pas gâcher par le premier bellâtre qui passera. Je ne supporterai pas de vous voir aimer médiocre. »
Marc.
Nous déjeunons ensemble tout à l’heure.
Je suis plus grande que lui avec mes talons.
Il me donne le bras.
Il trouve désopilant le regard que l’on nous jette : le vieux cochon et la croqueuse de diamants.
Les apparences …
Nous boirons une coupe de champagne, et mangerons quelque chose de raffiné et délicieux.
La conversation sera étonnante et perchée.
Je rirai de mon rire de gorge qu’il adore.
Il me caressera les doigts au dessus de mon assiette.
Et chacun repartira de son côté avec le sourire.
L’amour revêt une multitude de formes.

Chroniques de l’ordinaire : Anne-Marie


Anne-Marie est devenue mon amie au forceps.
Elle s’est imposée joyeusement et avec un élan irrépressible dans ma vie de sauvageonne.
Elle m’a choisie.
La première fois que je l’ai vue je me suis dit qu’elle était toquée.
La deuxième fois que je l’ai vue je me suis dit qu’elle était dingue.
Complètement cinglée.
Corse, catholique déjantée, un mélange de mystique ésotérique chrétienne et croqueuse d’hommes gourmande. Elle fréquente des médiums, des guérisseurs et des évêques.
Elle est improbable.
Elle a viré son mari il y a cinq ans et après trente cinq ans de vie matrimoniale plate et deux enfants élevés, a décidé de vivre sa vie.
Elle avait une formation de pharmacienne, elle a attaqué un cursus universitaire de musicothérapeute et entend s’installer au Brésil dès qu’elle aura son diplôme.
Elle va régulièrement dans des couvents pour se recentrer (la dernière fois elle a dévergondé un prêtre d’ailleurs) et joue de l’orgue le dimanche à la messe.
Elle me parle crûment de ses amants et me demande mon avis sur ce qu’elle fait avec eux « tu comprends ma puce, avec mon mari on ne faisait pas ça. Houlala ça risquait pas !! »
Elle ne travaille pas et passe son temps à faire des sorties ovs
Elle connaît une multitude de gens.
De toutes sortes.
La semaine dernière elle m’a appelée, un peu embêtée :
« Ma chérie, je te préviens, au cas où je me trompe. J’ai rencontré un sdf ce matin qui était vraiment mal en point, un jeune (35 ans) avec une bronchite. Je l’ai ramené à la maison. Je vais laver ses affaires et le retaper un peu. Mais bon voilà au cas où il m’arrive un truc je te le dis ».
Voilà : Louis le quebecquois a passé la semaine chez elle. Il est tout propre, cheveux et barbe bien taillés, bien nourri, guéri et toutes ses affaires sentent la lessive. Il a des provisions, de l’argent et une force nouvelle pour reprendre la route.
Ce n’est pas un homme qui se sédentarise.
Il est reparti ce matin.
Anne Marie a pleuré après son départ.

Mon tonton Maurice


Mon tonton Maurice est mort ce matin.
Il avait 88ans.
C’est le plus ancien de la génération juste avant moi (dans ma famille on fait un enfant tous les dix ans, ça complique les paliers générationnels).
Ce n’est pas triste comme nouvelle, il a eu une belle vie, il est resté marié à la femme de sa vie pendant 60ans, ses cinq enfants ont très bien réussi (quoique non, y’en a un qui est quand même spécial, c’est le cousin qui se balade dans mes Cévennes avec du papier alu sur la tête, rapport à waarp), il a un paquet de petits enfants et d’arrières petits enfants.
Tonton a été militaire dans la marine toute sa vie. Niveau caractère il est-était exactement comme on peut imaginer vu son job … (ce n’est pas un compliment).
Vraiment ce n’est pas triste, il commençait à être malade, il n’aimait pas ça, il avait mal. Il ne voulait pas être une charge pour sa famille.
Ce n’était ni un ange ni un démon.
Juste un homme qui a fait de son mieux.
Depuis quelques années il était quasiment aveugle, alors il s’imposait une discipline pas possible pour rester « au niveau », il avait appris le nombre de pas, les trottoirs, les passages piétons, pour rester autonome, aller acheter le pain, le beefsteak, le journal, rentrer, lire un livre en audio, s’occuper de sa femme fragile, faire la conversation aux voisins.

Nous n’étions pas très proches, même s’il y avait une réelle affection entre nous. On avait du plaisir à se rencontrer. Je n’ai jamais eu peur de lui. Je dois être la seule.
J’étais sa nièce préférée parce qu’il estimait que j’étais plutôt intelligente pour une femme. Hum.
Ce matin j’ai été étonnée par son âge. Je ne l’ai pas vu vieillir.
Il reste le tonton à la « gs familiale », tonsure blanche et casquette de marin, celui qui ordonne et qui est obéi.
Dans ma petite enfance je passais mon été chez lui et ma tante, à Toulon, avec ma petite sœur.
Il nous trouvait bavardes. Nous l’étions sûrement. Deux gamines délurées et rigolotes.
Il nous avait collé dans sa bibliothèque à bandes dessinées pour avoir du silence, oh merveille, j’ai lu Tintin en long en large et en travers dans sa cave.
Depuis ce matin je le revois en train de rire.

En fait je suis vraiment très très triste, et je suis toute étonnée d’être aussi triste.
Moi qui ne crois pas à la mort, moi qui crois à l’éternité de l’âme, je suis là à pleurnicher mon tonton que je n’ai pas vu depuis des mois. Dont j’avais quasi oublié l’existence.
Cet homme auquel je ne tenais pas plus que ça.
Et qui pourtant faisait partie sans le faire exprès du puzzle de mon enfance, de ma vie en fait.

Voilà, il manque une pièce.
On ne la voyait pas tant qu’elle était là.
Son absence fait un trou dans le tableau.

Ne me présentez pas de condoléances.
Ce n’est pas un jour triste je vous ai dit !

Histoire de celle qui ne voulait pas vieillir


Il y avait cette femme dans mon bureau.
68ans sur sa pièce d’identité.
Blonde platine, cheveux lissés, longs, frange sur les sourcils.
Pommettes saillantes, bouche gonflée, yeux étirés à l’extrême.
Très bronzée, maigre avec un décolleté provocant sur des seins en forme de melons, hauts et pointus.
Maquillée. Beaucoup.
Talons vertigineux, pantalon moulant, petit chien dans un sac.
Je l’ai trouvée laide.
Laide et sûre d’être belle.
Elle venait pour la succession de son troisième mari.
Elle était très agitée.

Tout ce que je ne serai jamais.

J’ai envie de vieillir avec élégance.
De laisser mes cheveux blanchir doucement.
de les natter, comme ces vieilles indiennes en tuniques blanches.
Quand je sourirai j’aurai des rides,
et ça rendra mon regard doux et bienveillant.
Je déambulerai dans mon jardin, un panier en osier sous le bras, rempli de tomates et de fleurs de courgettes,
j’espère que je serai grand mère, sage et tranquille, une de celles que les enfants adorent.
Je continuerai d’écrire des histoires, de lire des poèmes et des livres de philosophie
j’espère que je boirai du thé à l’ombre d’un figuier, avec un ami ou deux, charmants, (un poète et un philosophe bien sur).
Peut être même qu’un doux compagnon viendra poser la main sur mon épaule, juste une seconde, et que nous échangerons un regard amoureux.
L’ordre naturel des choses.

CHRONIQUES DE L’ORDINAIRE – Le chant de Mickye


Elle est trop vieille, trop maigre, trop fatiguée, trop malade.
« Je n’en ai pas pour longtemps ».
Sa maison est laide dans la grisaille, faite de bric et de broc. Le béton nu au sol, quelques tapis pour le confort, des caisses aménagées tant bien que mal en bibliothèques, tout un mur de livres.
Des tableaux partout.
« Il » était peintre.
Connu.
Elle était sa muse.
Il a bâti cette maison tout seul. Leur nid au milieu de la verdure.
Il ne savait pas faire ce genre de choses.
Des boites de pinceaux, des pots de peinture, des céramiques, des vases, des assiettes en porcelaine émaillée.
Une cuisine sommaire, un coin pour dormir. Des coussins partout, bariolés.
Un four pour cuire les poteries.
Et pas de murs vers l’extérieur, juste de grandes baies vitrées qui donnent sur le jardin, le bois, la rivière.
Un arbre exotique là dans l’atelier.
Des chevalets, deux, trois, quatre.
Le tableau géant. La Mickye dans sa pleine divinité féminine. Nue, ronde, lumineuse, sauvage, rieuse, alanguie et provocante.
Plus rien à voir avec la vieillarde décharnée qui s’éteint dans son fauteuil en osier.
Elle voit que je regarde le tableau.
« J’étais belle pour lui. Je vais bientot le retrouver. Sans lui je ne suis rien qu’un cadavre qui peine. »
Je sais qu’elle va mourir.
Elle sait qu’elle va mourir.
Ce n’est pas une mauvaise nouvelle.
Sa maison est laide. Mais elle est pleine de leur amour.
ça déborde.

Anthropologie


J’ai toujours aimé observer les gens autour de moi.  Je suis curieuse de « l’autre » en général.  Je le regarde vivre, errer, courir, se battre, ne rien faire.
Surement parce que depuis toujours je me sens tellement à part et décalée, comme si je ne faisais pas partie de tout celà. Forcément j’observe.
Ca n’a rien de malsain, de voyeur ou de névrotique. C’est ma curiosité.

Ce que j’aime par dessus tout, c’est de constater que personne n’est « normal ». D’ailleurs ce mot là « normal » est absurde. C’est un mot qui n’a pas de sens, l’état de normalité est une vue de l’esprit, une vue de l’inconscient collectif : « je ressemble à tout le monde, ouf je suis normal, ouf je ne dépare pas dans le groupe, en conséquence de quoi je ne serai pas rejeté ».
C’est sans doute bien plus simple de vivre dans cette idée rassurante de normalité, faire partie d’un groupe.
D’où l’idée de cacher jalousement tous ses petits secrets déviants ou excentriques pour ne pas sortir du lot, le mensonge pour planquer sous le tapis les instincts un peu trop inavouables.
Si l’on observe objectivement ceux qui s’assument comme « hors norme », là on réalise le malaise. D’ailleurs, tous ceux qui se reconnaissent dans une minorité quelle qu’elle soit, finissent par se regrouper. Ils instaurent une nouvelle norme dans un groupe plus restreint. Sinon c’est le rejet implacable.
Bien sur nous vivons dans une société dite moderne qui légifère sur le racisme, l’homophobie, la mysoginie, l’intégration des handicapés  … et oui, la création de lois à rallonge (intellectualisation de concepts) pour lutter contre le naturel sauvage.
Notre société légifère sur un sacré paquet de conneries inutiles et couteuses (des millions d’euros pour enlever le mot « mademoiselle » sur des milliers de documents officiels) au lieu d’utiliser ses ressources intellectuelles et pécuniaires à s’occuper de l’essentiel.

Cette nuit je suis sortie en boîte. Un lieu branché, bien fréquenté et cool. J’avais envie de noyer mes pensées dans la fureur et le bruit.
Bon, je devais être la plus âgée de l’assistance … ce qui était assez désagréable. J’ai été cataloguée « cougar » assez vite. Une toute jeune fille bourrée m’a même lancé « vieille pouffiasse touche pas à mon mec, il aime pas les vieilles peaux » … well, je m’incline ma petite, mais c’est avec regret, ton mec, avec son pantalon slim sous les fesses, ses « one million » piercings et ses 45 kilos tout mouillé, je le kiffais grave.
Tous ces gosses se ressemblaient. Comme une armée de playmo. Pas un qui sortait du lot. Mêmes fringues, mêmes coupes de cheveux, même façon de danser, tous en train de picoler dans des quantités incroyables, et d’après ce que l’on m’a dit, tous défoncés à la coke.
J’ai dû partir précipitamment, j’avais envie de vomir.
J’ai pensé à ma fille et ça m’a remplie de désespoir. Je me suis demandée où je pourrais fuir pour qu’elle ne devienne pas comme ça.

Je me suis demandée s’il y avait quelqu’un qui m’observait, moi, comme j’observe les autres.

Chroniques de l’ordinaire – R.


R. est venu passer la soirée avec moi hier.
Je le connais depuis le début de l’année. On s’est rencontrés lors d’une soirée du cercle des philosophes fous.
Quinqua charmant et rêveur, écolo et séducteur, j’ai toujours du plaisir à le voir et à papotter.
Nous avons passé du temps ensemble depuis le printemps, avec le groupe ou que tous les deux, ballades, plage, rando. J’aime bien parler avec lui, il est doux et intelligent.
Cependant parfois je suis agacée de le trouver ambigü, je ne comprends pas si nous sommes juste amis ou s’il cherche à me séduire. Et quelques instants après je le vois déplacer la même attention vers une autre femme du groupe.
Il a parfois créé la zizanie entre les femmes.
Hier, il m’a parlé de lui, de son envie de trouver une compagne de vie, de se lancer avec elle dans l’arrière pays dans une activité d’agriculture bio et de gîtes, …
Ca a duré des heures.
Et là, je suis encore en train de me demander s’il me faisait personnellement une proposition de partenariat ou pas.
Il m’a clairement énoncé ne pas croire au coup de foudre, à l’amour passionnel. Pour lui l’amour est paisible et indolore et se construit dans le temps.
Hier, il m’a avoué qu’il n’arrêtait pas de rencontrer des femmes qui lui faisaient des avances et tombaient amoureuses de lui. Qu’il était harcelé, qu’il était souvent obligé de fuir. Qu’il ne cherchait pas de maîtresse, mais bien la femme de sa vie. Pour construire un foyer,
A la fois il était interrogatif, à la fois un peu orgueilleux. Il m’a demandé ce que j’en pensais.  Sur le coup je n’ai pas su quoi lui répondre.
Et puis je lui ai envoyé ça.

Bonjour,
J’ai longuement réfléchi sur ta question d’hier, sur ton aura de séduction d’homme de 50ans. Je ne sais pas si tu attends vraiment une réponse.
Je réponds cependant d’amie à ami.
Celà dit, je ne sais pas si nous sommes amis, l’amitié s’inscrit sur le long terme encore plus que l’amour. Cependant, je vais te donner mon point de vue.
Je précise que je ne cherche pas à te séduire et que je vais tenter d’être neutre (neutralité qui est difficile car je dois éviter l’effet miroir, j’ai vécu une phase identique il y a quelques temps, les hommes me poursuivaient de leurs assiduités … ça en était agressif à force. Mais j’ai perdu ma beauté ce qui fait que je ne suis plus concernée par le débat)
Outre le fait que tu es physiquement trés beau (mais je pense que tu le sais) ce qui est ton premier passeport, tu dégages indéniablement, consciemment ou pas, une énergie à laquelle il est difficile d’échapper.
Comme une fleur qui embaume pour que les abeilles la polénisent.
J’ai, bien sur, été intriguée par cette énergie, car j’ai été attirée, comme toutes les autres et j’aime bien comprendre ce qui m’arrive.
Je pense que c’est une énergie de maturité épanouie, ce qui explique qu’elle n’ait pas eu la même puissance dix ou vingt ans plus tôt. Tu débordes littéralement. Un mélange de douceur, de paisibilité, de sensualité et d’intelligence du coeur. Quelque chose de rassurant et solide. Un mélange de masculinité douce et d’intelligence féminine. Le tout assaisonné d’un indéniable désir physique.
Tu as une façon de parler aux femmes trés troublante, parfois en les touchant, tu ES totalement présent dans cet échange à la fois de mots, de regard, de contact. Avec attention et délicatesse tu entres dans l’énergie de l’autre tout en la mélangeant avec la tienne. Tu écoutes comme si tu buvais ce qu’elle te dit. Tu regardes dans les yeux avec intensité. Tu poses ta main sur la peau. C’est pratiquement déjà un acte d’amour.
Forcément la femme se sent émue, unique et aimée, enroulée dans une couverture douce et confortable, une intimité délicieuse. Tu vas ressembler pour elle à l’homme qu’elle attend dans sa vie. C’est une image trop parfaite.
Nous avons tous besoin que quelqu’un fasse attention à nous et nous fasse nous sentir unique et merveilleux.
C’est un pouvoir monumental que tu as, mais à double tranchant.
D’abord parce que ça crée une « illusion » (ou fantasme) chez la femme qui fait l’objet de tes attentions et dont tu ne souhaites pas qu’elle soit amoureuse de toi (illusion qui vire parfois à l’érotomanie, je l’ai vu en direct live avec notre amie commune L. qui était dingue de toi) et ensuite parce que ça crée autour de toi une sorte d’incroyable « mélée » féminine dont tu n’as pas forcément envie, même si tu appelles l’amour à toi de façon visible. L’inconvénient majeur de cette mélée, c’est que tu risques de faire fuir la femme qui t’est destinée (impossible pour une femme de se sentir être l’élue au milieu du harem), ou tu risques de ne pas la reconnaître.
C’est vraiment étonnant de te voir progresser parmi les femmes, elles cherchent toutes à attirer ton attention, elles te « chassent » au jeu de la séduction. Comme s’il n’y avait plus de masculinité en toi.
Pour ma part, et ça m’est vraiment personnel, juste mon feeling, je pense que ça n’est que la partie visible de l’iceberg, tu as une vraie richesse intérieure, même si je te sens parfois perdu, parfois triste, parfois comme un petit garçon qui ne comprend pas ce qui lui arrive, je te sens souvent en quête de ta propre vérité et de ta route.
J’ai parfois l’impression que tu joues un rôle, de peur de déplaire, et que tu planques soigneusement sous le tapis ta véritable personnalité, ta mauvaise humeur, tes irritations ou énervements, malaises de vie et angoisses, émotions que tu connais forcément puisque tu es humain. Je sens ton immaturité, tes indécisions, tes difficultés à faire des choix.
N’oublie pas que tu es un être entier fait de lumière et d’ombre (ouf dieu merci ! ), laisse la possibilité à ceux qui te sont proches de t’aimer en entier.
Et arrête de cogiter.

Bref, tu es un bel homme de cinquante ans et des poussières, charismatique et mystérieux en plein âge d’or et de séduction volontaire ou pas.
Je te souhaite de trouver l’amour. Le vrai.
Quand on aime on ne se pose plus de questions, on baigne dans l’ordre naturel des choses. Enfin.
Ta vision de l’amour me déconcerte. La façon dont tu en parles me donne à penser que tu n’as jamais été amoureux.
Tomber amoureux c’est un choc frontal d’émotions, c’est intense, ça fait vibrer, ça fait rire et sourire, ça nourrit, c’est excitant, ça remplit.
Bien sur que ça peut faire mal, bien sur que ça peut cesser. Mais s’empécher de vivre ça par peur de le perdre, c’est trop triste.
Moi, l’amour m’a faite vivre et m’a massacrée. Pour autant je ne regrette rien. Je l’ai vécu pleinement.
Et si tu t’ouvrais vraiment ?

Je t’embrasse.

Les jours de marque


Dans mon village paysan, on dit que les trois premiers jours de mars sont la marque de la météo des trois mois à venir :
– 1er mars pour le mois de mai
– 2 mars pour le mois d’avril
– et 3 mars pour le mois de mars.

Si j’en crois les vieux sages, le mois de mai sera somptueux, ensoleillé et chaud,
Là il fait gris et humide, avec même un petit crachin pénétrant. Bof bof avril …
On verra demain pour mars.
Papa veut qu’il pleuve «l’eau c’est la vie».