Histoire de mort et de vie

Là, pendant que j’écris, un médecin est en train de « débrancher » ma cousine Huguette.

Lundi elle a avalé son Big Mac de travers et s’est étouffée. A en mourir.

S’en sont suivies de pénibles manœuvres de réanimation qui n’ont servi qu’à maintenir son corps en vie artificiellement. Electro-Encéphalogramme plat depuis plus de 48h.

Son âme a déjà quitté ce corps. Restent les débats médicaux, brancher, débrancher. Le débrancher a gagné.

Ce n’est pas quelqu’un que j’aime spécialement, elle et moi avons une génération d’écart (elle a presque 70 ans) et aucune affinité.

C’est le genre de personne que l’on voit lors des mariages, enterrements ou fête votive du 15 août au village. On se fait la bise, on prend des nouvelles et on va voir quelqu’un d’autre.

Son mari est mort l’an dernier, des effets dévastateurs d’un alcoolisme aigu.

Ils ne vivaient plus ensemble depuis des années. Chacun dans une maison différente à 70 km de distance.

Ils ne s’aimaient pas. Elle l’avait épousé par dépit. 

Huguette était obèse. Malade de la thyroïde. Malade d’un emphysème. Malade de problèmes de circulation.

Huguette était aigre et méchante. Elle n’a jamais connu l’amour, la douceur des caresses ou l’orgasme joyeux.

Huguette n’avait pas pu avoir d’enfant (incompatibilité chimique avec son mari) et avait adopté sur le tard une adorable fille. 

Huguette à été institutrice dans un institut catholique toute sa vie et a fait moultes dépressions tant ses employeurs l’ont maltraitée.

Elle était fâchée à mort avec son frère depuis 15 ans et passait une partie de sa vie à se disputer avec sa mère.

Je n’ai jamais entendu parler d’Huguette en positif. Tout ce que je sais d’elle n’est que désolation, tristesse, aigreur, maladie … Une vie de souffrance et de frustration.

Elle a perdu conscience sans même savoir que sa fille était enceinte.

Alors là je suis vraiment bouleversée. Par l’absurdité de la vie, par l’injustice, par le fait que ça peut toujours être pire, par cet espoir dont on se nourrit et qui n’a pas lieu d’être. La vie est juste degueulasse.

Alors j’ai cherché un souvenir.

Quand j’avais huit ou neuf ans, j’étais dans la cuisine de mamée, je m’ennuyais. Huguette est arrivée, jeune instit idéaliste. Belle brune souriante, douce et patiente. Elle avait amené une grande boîte en carton, et je me rappelle de mon ravissement, la boîte était pleine de feutres, peintures, gomettes, papier crépon, paillettes.

Et non seulement le carton était pour moi, mais en plus elle est restée pour jouer avec moi.

Aucun adulte ne jouait jamais avec moi. J’étais anormale comme enfant.

Voila, Huguette m’a offert quelques heures d’enfance. 

Je ne sais pas à quoi rime tout ça. Pourquoi on vit, pourquoi on meurt. Ce qu’on fait ou pas, peut-on être heureux, c’est quoi d’ailleurs être heureux, est-ce que la vie obéit à une quelconque logique ???!!!

Quand le hasard vous fait vivre une vie de merde et vous fait mourir étouffée par un hamburger …  

Il est sûrement temps de faire de nouveaux choix. La vie n’est faite que de choix.

Publicités

À propos de angelenemus

Artisan du MERVEILLEUR (à la recherche du MERVEILLEUX, en qualité de VEILLEUR, pour vivre le MEILLEUR)

Publié le 2 décembre 2015, dans Côté sombre. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Et de premiers choix…..

  2. j’éprouve de la compassion pour Huguette.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :