Archives Mensuelles: novembre 2015

Instant présent 


  

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Le « carpe diem » de Joséphine.


Je pensais à elle aujourd’hui. 

Je suis effrayée par le monde extérieur, par l’humanité agressive, par le pessimisme morbide qui m’envahit un peu plus chaque jour.

Elle me manque. Je traverse des orages et son bon sens me serait doux. 

Quand je fume une cigarette (rarement) j’entends sa voix « allons ma fille, c’est quoi cette bêtise ! »

Elle aimait tant la vie et pourtant ne redoutait pas la mort. Pour elle, c’était juste une nouvelle initiation, le dernier voyage.

Ne pas avoir peur de mourir était sa liberté ultime.

Elle m’a confié son testament. Le voici.

« La mort est la clef qui ouvre la porte de la vie, car elle nous invite à grandir et utiliser nos ressources intérieures pour trouver le chemin qui nous est propre. Car chacun est UNIQUE et DIFFERENT.

Développer le « SOI » intérieur : tel est le programme !

Que chaque jour te fasse croître en conscience et profondeur. »

Joséphine (1er mars 1949 – 12 mars 2010) Ecrivaine, Philosophe, Amoureuse, Spiritualiste, Psychologue.

Ses enfants m’ont laissé l’original du testament. Ils ont méprisé son texte. La seule chose qui les intéressait c’était le patrimoine. 

Je me dis qu’ils n’ont rien compris.

Mais moi, vu dans quel délabrement mental je suis … Suis-je digne du testament de  Joséphine ?

Creep


Creep

Histoire de femme, être ou ne pas être belle


Ce monde est cruel quand on n’est pas belle.

Je ne suis pas belle. Ou plutôt je ne le suis plus. Ou plutôt je crois que je ne le suis plus.

C’est râre je crois qu’une femme dise sans ciller « je suis belle ». 

Moi je SAIS objectivement que je ne suis pas belle. Et je l’énonce froidement. 

Sur les six dernières années j’ai pris énormément de poids qui ne part plus malgré des efforts conséquents. 

Personne n’aime les grosses. Personne. Peu importe leurs autres qualités, aucune ne compense. Je suis témoin tous les jours de cet état de fait. Personnellement.

Etre grosse est rédhibitoire. Il n’y a plus jamais de désir dans les yeux qui m’observent. (Le désir est le premier moteur et quasiment le seul qui va conduire un homme à venir à toi. )

Etre grosse c’est avoir du mal à s’habiller, hésiter à sortir, éviter les regards réprobateurs ou moqueurs. C’est être essoufflée au moindre effort. C’est être surveillée par un cardiologue qui vous gronde car vous ne maigrissez pas. C’est avoir mal aux chevilles, aux genoux, aux hanches. C’est ne plus jamais s’exposer en maillot ou nue. C’est être obsédée par ça. Par la bouffe. Par les calories. C’est s’exposer à des jugements, parfois exprimés à voix haute. « Baleine » « elle devrait arrêter de bouffer celle-là » « elle a de beaux yeux dommage qu’elle soit grosse ».

C’est tous les gens qui vous connaissaient avant et qui vous regardent avec stupéfaction sans rien dire.

Le dernier homme que j’ai aimé ne m’a laissé aucun doute sur le sujet : « Tu es géniale, intelligente et je pense que tu es mon alter ego tant tu fais jouir mon cerveau, mais tu n’es pas assez belle. Tu es trop « forte » c’est désagréable esthétiquement. Je n’ai pas envie de te présenter à mes amis. J’ai honte d’être avec toi. De ton physique. »

Celui là m’a donné envie de mourir. Encore pire que le précédent.

Alors je vis dans ma tête. Là je suis belle.

Il y a beaucoup d’amour dans ma vie. Ma fille, ma famille, mes amis.

Mais je sais que j’ai besoin pour mon énergie de vie de l’amour avec un grand A.

Et là on est en train de me dire que je ne vais plus y avoir droit parce que je ne suis pas belle.

Je suis sensée faire quoi ?

J’étais hier avec trois amis hommes proches. Nous avons le même âge. Ils sont à mon sens « des mecs biens ». Équilibrés, fiables et plutôt gentils. 

Je sais qu’ils m’aiment. Tendrement. 

Ils convoitent tous les trois des femmes jeunes, minces et jolies. Ils ne sont pas spécialement beaux. Mais on ne demande pas à un homme d’être beau avant tout. Ils ne se sont pas rendu compte à quel point je me suis sentie mal en les écoutant. Non désirable, non aimable et finalement finie en temps que femme sexuée. L’un d’entre eux était enchanté car le matin même dans une salle de sport il avait réussi à avoir le numéro de téléphone d’une fille de 25 ans fantastique. Je lui ai demandé pourquoi elle était fantastique. Il a été très étonné par ma question. « Elle est super belle ! ».

Voilà, tout est dit. Il faut d’abord qu’elles soient belles, et ensuite ils se laisseront peut être aller à les aimer.

Il devrait y avoir un système d’autodestruction dans notre corps pour disparaître gentiment dès que définitivement il n’y aura plus d’amour dans notre vie parce qu’on est trop laid pour être aimé. Une sorte d’euthanasie bienveillante pour ne plus rester là à attendre quelque chose qui ne viendra plus. 

Qui peut vivre sans amour ? Pas moi en tout cas.


« Le coeur d’une femme ne change pas avec le temps et ne varie pas avec les saisons. Le coeur de la femme agonise longuement mais ne meurt pas. Le coeur d’une femme ressemble à une forêt que l’homme prend pour un champ de batailles et de massacres. 

Il arrache les arbres, brûle les herbes, éclabousse ses rochers de sang et sème son sol de crânes. 

Cependant, cette forêt reste calme, sereine et paisible. Le printemps y est toujours le printemps et l’automne toujours l’automne, jusqu’à la fin des temps. »

Khalil Gibran

Je


Je suis une femme.

Une divorcée de 46 ans (oui, dans mon pays une femme peut divorcer)

Je vis seule avec ma fille dans un joli appartement (oui, dans mon pays je peux vivre sans la tutelle d’un homme et avoir la garde de mes enfants).

J’ai un diplome de notaire (oui, dans mon pays une femme peut faire des études supérieures).

J’aime boire de l’alcool parfois,

J’aime manger du cochon,

J’aime boire un chocolat chaud ou une bière à la terrasse d’un café, habillée d’une robe courte décolletée,

J’ai un amant parfois, en dehors du mariage, que mon coeur choisit, et oh oui j’aime faire l’amour. (Oui, dans mon pays, entre adultes consentant on a la sexualité que l’on veut)

Je suis athée. Je m’en fous que les autres soient croyants. (Oui, dans mon pays on croit ou pas librement)

Je critique beaucoup le gouvernement de mon pays, le maire de ma ville, les autres partis politiques. (Oui dans mon pays on peut critiquer)

Je manifeste contre Monsanto, contre le nucléaire, contre l’abattage d’un vieil arbre. (Oui, dans mon pays on peut manifester)

Je lis des livres. Tous les livres que je veux. Aucun livre n’est interdit.

Je lis de la poésie. J’en écris même parfois. 

Je donne mon avis même s’il est stupide. Oui j’ai aussi le droit d’être stupide.

Les barbares veulent ma mort pour tout ça.

Mais mon pays me donne la liberté d’être JE.

  

Fatiguée 


Jamais une statue ne sera assez grande
Pour dépasser la cime du moindre peuplier
Et les arbres ont le cœur infiniment plus tendre

Que celui des hommes qui les ont plantés
Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais

J’échangerais la sève du premier olivier

Contre mon sang impur d’être civilisé

Responsable anonyme de tout le sang versé
Fatigué, fatigué

Fatigué du mensonge et de la vérité

Que je croyais si belle, que je voulais aimer

Et qui est si cruelle que je m’y suis brûlé

Fatigué, fatigué
Fatigué d’habiter sur la planète terre

Sur ce grain de poussière, sur ce caillou minable

Sur cette fausse étoile perdue dans l’univers

Berceau de la bêtise et royaume du mal
Où la plus évoluée parmi les créatures

A inventé la haine, le racisme et la guerre

Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs

Et amène le sage à cracher sur son frère
Fatigué, fatigué

Fatigué de parler, fatigué de me taire

Quand on blesse un enfant quand on viole sa mère

Quand la moitié des foules en assassine un tiers

Fatigué, fatigué
Fatigué de ces hommes qui ont tué les Indiens

Massacré les baleines et bâillonné la vie,

Exterminé les loups, mis des colliers aux chiens

Qui ont même réussi à pourrir la pluie
La liste est bien trop longue de tout ce qui m’écœure

Depuis l’horreur banale du moindre fait divers

Il n’y a plus assez de place dans mon cœur

Pour loger la révolte, le dégoût, la colère
Fatigué, fatigué

Fatigué d’espérer et fatigué de croire

A ces idées brandies comme des étendards

Et pour lesquelles tant d’hommes ont connu l’abattoir

Fatigué, fatigué
Je voudrais être un arbre, boire l’eau des orages

Me nourrir de la terre, être ami des oiseaux,

Et puis avoir la tête si haut dans les nuages

Qu’aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger mes racines

Au cœur de cette terre que j’aime tellement

Et que ce putain d’homme chaque jour assassine

Je voudrais le silence enfin, et puis le vent…
Fatigué, fatigué

Fatigué de haïr et fatigué d’aimer

Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais crier

Fatigué des discours, des paroles sacrées

Fatigué, fatigué
Fatigué de sourire, fatigué de pleurer

Fatigué de chercher quelques traces d’amour

Dans l’océan de boue où sombre la pensée

Fatigué, fatigué
Renaud