Archives Mensuelles: juin 2012

Un joyeux non anniversaire …


Etrange en ce moment, je reçois des cadeaux.
Livrés, postés, donnés en main-propre, glissés dans mon sac …
Un livre de sagesse tibétaine, une barquette de framboises fraîches, un joli plat en verre soufflé tout doré, une carte usb pleine de musique choisie avec soin pour me faire plaisir,
ça c’était juste aujourd’hui.
Hier une enfant qui passe en 6ème, une rose orange, un gloss pailleté, deux places pour un concert
Avant hier c’était : un ticket de bus pour la plage, un vin rosé sans sulfite servi dans un verre de cristal à la plage, un galet en forme de coeur, une bougie à voeux dans une cathédrale,
j’avais dit que je voulais être choyée
mon voeux s’est réalisée
j’en ai de la chance

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Debriefing de week-end ou l’art de Dali en vrai (n’importe nawak qui ressemble à quelque chose)


 

Debriefing sur un week-end de folie. C’est tellement monumental que j’ai du mal à y croire moi-même
Est-ce Angel la barge, ou est-elle perdue au milieu des barjots ?
Première remarque : quand je dis non au monsieur, je veux vraiment dire non
Deuxième remarque : je n’aime pas trop une plage avec plein de gens sans maillots
Troisième remarque : je ne couche pas avec les mecs de mes copines, même s’ils insistent …
Quatrième remarque : je ne suis pas Mère Teresa. Je ne garde pas tes enfants, ton chien, ton chat, je ne te prête pas d’argent juste parce que tu demandes. Et je peux même parfois t’envoyer te faire voir ailleurs éventuellement
Cinquième remarque : je suis gentille par philosophie, absolument pas par manque d’intelligence ou couardise
Sixième remarque : si je te dis «vire tes mains ou je te mets une boufff et ce n’ est pas de la théorie», ce n’est pas de la théorie.
Septième remarque : si je rigole quand tu me dis un truc, je ne suis pas forcément en train de te draguer ou de me foutre de toi, c’est possible que je jubile ou que je sois super contente. Si je te dragues tu sentiras la nuance, si je me fous de toi tu sentiras la nuance.
Huitième remarque : oui j’aime chanter et oui je me débrouille en chant. Et je suis hermétique au compliment en général et au compliment sexuel en particulier (je te fais un compliment parce que je compte te sauter) non mais je suis pas débile j’ai un QI trois fois supérieur au tien, et oui ça arrive même aux femmes. Et arrête de me tripoter tu vas prendre une boufff.
Neuvième remarque : non je ne vais pas te donner mon numéro, y’a plus de proba que je devienne lesbienne que de tomber sous ton charme.
Dixième remarque : quand on a un kiki qui ressemble à ça on met un maillot monsieur.

Angel chante


Angel a chanté tout l’après midi avec des inconnus
C’était étrange et inattendu
Elle s’était inscrite sur OVS sans faire trop attention, parce que c’était un week end bleu sans projet,
en réalité c’était une approche du « chant thérapeutique »,
après avoir chanté des A, E, I, O et U avec application, puis des YA, YEUUUU, YOOO, YUU en y mettant du coeur, elle s’est retrouvée à faire des impro solos face à des inconnus, et passé l’intimidation de départ, s’est finalement régalée, même si ça ne lui a rien thérapeuté …
Bon, elle a été polie et n’a pas évoqué qu’elle n’y croyait pas du tout quand on lui a fait chanter son thème astral (improbable vi-sco), mais ça l’a bien fait rigoler quand même.
En fait, elle a même réussi à faire chanter tout le monde sur un air de jazzzzzzzzz-blouuuuuuuuuze « maaaaaaaaaa-lééééééééééé » en se disant que ça ferait sûrement de la thérapeutique où il fallait.
Le monsieur G.O. a dit « au revoir, jolie vi-sco à la belle voix, on peut se revoir ? » elle a dit « merci mais non merci », pis elle est rentrée préparer ses sandwichs pour demain.
C’est donc crevée mais contente qu’elle envisage d’aller dès potron-ninet à la plage en vélo avec son « sac à dos, sac à dos, sac à dos, sac à dos … » (cf Dora l’exploratrice), munie d’un parasol et d’une crème indice 50, même si elle n’a pas fait de vélo depuis des décennies, mais il parait que ça ne s’oublie pas (Y’a des trucs comme ça, même si tu l’as pas fait depuis longtemps, ça revient dans le feu de l’action).
Hasta la vista baby.

Paul Valery – Eros


Laisse que je dispose de ton corps. Ferme les yeux. Oublie tout ce qui n’est pas. (tel est le point capital). Laisse donc que mes mains disposent de ton corps, le suivent, le préparent dans ses profondeurs de par le contentement et l’appel de sa surface. Comme si je le formais et déduisais de place en place de la suite de ses formes. Ainsi je te fais connaître tes propres parties et leurs dépendances.

Je te lisse, je t’enveloppe, je te presse.

Je t’applique une vie ici et là une douceur te coure [sic] une force te couvre comme une ombre

Une caresse qui contient l’ombre d’une force et parfois la prononce, et parfois s’allège et te fuit le long de toi si frôlée que ta chair se hérisse et se dresse vers la paume chargée de vit, etc. Je fais naître une attente de prodiges.

Je te formerai. Je te fermerai toute comme dans une immense main. Tu es prise dans ce que tu veux et que je fais vouloir — comme tu me fais vouloir ce vouloir.

Maintenant, tu es faite. Et je te connais, je te vois comme en transparence. Que de ressources tu te sens que tu ignorais.

Je te transforme. L’Intelligence passe sur toi.

Ya no seré feliz


Je ne serai plus heureux. C’est peut-être sans importance.
Il y a tant d’autres choses dans le monde;
un instant quelconque est plus profond
Et divers que la mer.
La vie est courte,
Et même si les heures sont longues, une obscure merveille nous guette,
La mort, cette autre mer, cette autre flèche
Qui nous délivre du soleil et de la lune et de l’amour.
Le bonheur que tu m’ as donné
Et que tu m’as retiré doit disparaître;
Ce qui était tout ne sera plus rien.
Il ne reste que le plaisir d’être triste,
Cette vaine habitude qui me fait pencher
Vers le sud, vers une certaine porte, vers un certain coin de rue.

***

Jorge Luis Borges (1899-1986)

Le cercle des rêveurs fous


Depuis janvier j’ai complètement changé de fréquentations.
Pour des raisons évidentes, j’ai réalisé que je côtoyait un certain nombre d’amis plus par habitude que par envie, et sans réelles affinités.
Les effets dévastateurs de mon divorce ont fait le ménage dans la plupart de mes relations, et finalement c’est plutôt bien.
Je n’ai plus envie de relations subies ou contraignantes qui n’apportent rien, sans échange ou sans stimulation de part ni d’autre.
Petits ou grands hasards de la vie, j’ai rencontré une personne, puis deux puis dix … un nouveau groupe s’est formé naturellement dont je fais partie.

On oublie le mot « normal » en ce qui les concerne.
D’abord, parce que la plupart d’entre eux se sentiraient insultés par le mot « normal », et ensuite parce que manifestement chacun développe des excentricités de pensée ou de vie qui les font paraître, aux yeux de la société bien pensante, comme complètement barges.
Je me sens bien avec eux, individuellement ou tous ensembles.
Leur ouverture d’esprit et leurs rêves éveillés me les rendent attachants et stimulants.
Jamais nous ne nous ennuyons, nous rions beaucoup, nous débattons sans fin, nous échangeons.

Je les appelle le cercle des rêveurs fous parce que ça part dans tous les sens :

Celui qui étudie le monde sous-terrain, parce qu’il pense que la terre est creuse et peuplée d’être qui nous manipulent, qui est parano, qui croit au complot mondial (il est par ailleurs un scientifique reconnu)
Celui qui pense que son adn contient des verrous l’empéchant d’être totalement lui même et qui bosse à les faire sauter (traducteur de livres russes)
Celle qui entend parler les cellules des autres et leur parlent pour qu’elles s’autoguérissent, qui sent les tremblements de terre et voit l’avenir (elle est juriste)
Celle qui fait des massages énergétiques et voit passer le chi dans les corps, aide à le faire circuler mieux (elle  s’occupe de bébés dans une crèche)
Celle fait tinter sa cloche tibétaine pour élever la vibration des autres, qui est télépathe et sent ce qui va et ne va pas (adulte surdouée qui enseigne aux enfants)
Celui qui nous apprend le mouvement régénérateur qui fait lâcher prise (prof de yoga et pigeon voyageur), trés charmant et charmeur, que toutes les filles du groupe se disputent l’air de rien
Celui qui nous explique qui nous sommes, grâce à la numérologie, grâce aux tarots, qui aide à la guérison, qui voit l’aura (globe trotter qui a passé sa vie à chercher les chamans),
Celle qui fait de la musique pour guérir les douleurs de l’âme (pharmacienne qui se lance dans le médicinal), diplomée du conservatoire piano et orgue
Celui qui relie tous les autres, qui nous a fait nous rencontrer, qui est un gamin qui ne  grandit pas et affirme être un extra terrestre attendant que ses semblables le mettent en fonctionnement (titulaire de quatre doctorats de sciences, cosmogonie, et mathématique pure). Il a écrit un bouquin sur le fait que le temps n’existe pas.
Et ainsi de suite. Médiums, thérapeutes étranges, magnétiseurs.

Chacun d’entre eux, d’entre nous, a réussi à accepter sa part de « folie »,  nous sommes tous intégrés dans le monde. Nous aimons à nous retrouver parce que nous ne sommes pas d’accord forcément, mais nous ne nous jugeons pas et nous rions gentiment de nos bétises. Nous nous sentons moins seuls et moins barges. Nous refusons la pensée unique, nous refusons l’esprit sectaire, nous regardons les étoiles ensemble en racontant nos histoires, et c’est bien.

Histoire de boulot


Ce soir je me sens à la fois épuisée, et à la fois en harmonie avec moi-même.

J’ai eu un rendez-vous professionnel qui a duré quatre heures aujourd’hui.
Une sombre histoire d’héritage et guerre fratricide (soeuricide ?)
ça fait neuf mois (tiens tiens) que je gère ces deux femmes qui se haïssent, jalousent et qui ne se parlent pas depuis plus de vingt ans.
Deux femmes de l’âge de ma mère.
Elles m’ont tellement cassé les pieds, usées, énervée que j’ai eu plus d’une fois envie de balancer leur dossier par la fenêtre.
Elles m’ont harcelée au téléphone, par mail, par fax, par courrier.

Dernièrement, j’ai craqué :  j’ai pris la main dans leur jeu débile de qui domine qui .
Je les ai eues.
Je les ai convoquées dans mon bureau le même jour à la même heure.
Quand elles sont arrivées dans ma salle d’attente j’ai cru qu’elles allaient se taper dessus vraiment. Et ensuite sur moi.
Je les ai attrappées et assises de force dans mon bureau.
Je leur ai dit que personne ne sortait tant qu’on n’était pas parvenues à un accord toutes les trois.
J’ai mis quatre heures.
Mais j’y suis arrivée.
Je les ai réconciliées.
Elles ont signé tous les documents.
J’ai clôturé le dossier pour de bon.
J’ai aussi fait gagner beaucoup d’argent à mon patron.
Je suis épuisée.

Vraiment je mériterais une coupe de champagne et des fleurs.
Mais personne ne se rend compte de ce que je fais.
Je suis une artiste incomprise …

 

Eloge funèbre


A mon cher ordinateur,

qui depuis quatre ans m’a vaillamment suivie, soutenue, réconfortée, occupée, dés-ennuyée. Gardien de tous mes secrets, recueil de tous mes mots, mon album aux mille photos, mon lecteur de musique, de films, témoin de toutes mes conversations amoureuses ou amicales, fil conducteur de mes états d’âme,
voilà, tu es en fin de vie,
tu n’y arrives plus, tu rames, tu bugues. Parfois tu n’arrives plus à t’allumer, ou alors tu plantes au mauvais moment.
J’ai transféré tes mémoires ailleurs, j’attends que tu perdes ta dernière étincelle …

Depuis quelques mois j’avais réussi à bien me déshabituer de toi, bien obligée vu que tu peines trop pour mes impatiences.
finalement j’arrive bien à vivre sans toi.
D’ailleurs je ne vais pas te remplacer : Tchoutchou a besoin d’un piano. Tu sais bien qu’elle passe avant tout.
(comme tu as aussi vue sur ma comptabilité tu sais bien que je suis fauchée et que même le piano ça va être dur … alors un nouveau toi, hum, pas possible).
Donc voilà, quand tu seras mort, je vais te désosser et incinérer pour que personne ne puisse entrer dans tes transistors ou puces et trouver une once de mon intimité.
Quand j’aurai envie d’écrire, je prendrai un papier et un crayon.
Voilà.
Salut l’ami.

HISTOIRES DE SECRETS DE FAMILLE


J’ai un don (ou une malédiction) pour sentir et mettre le doigt sur les secrets de famille. Disons que ça ne serait pas très intéressant en termes de probabilités, si mon métier n’était pas justement Juriste spécialiste du droit de la famille (successions, divorces …).
Donc voilà, dès que les personnes entrent dans mon bureau, juste à leur attitude, je sais à l’avance grosso modo comment ça va se passer.
Je lis sur les pincements de lèvres, je repère les grincements dans les intonations vocales, je vois les regards. Chaque silence m’est  plus éloquent que les mots qui mentent.
J’ai le chic pour mettre les pieds dans le plat de façon systématique.
A tous les coups je fais ressortir tout ce que les clients veulent cacher : les adultères, les enfants naturels, les vilénies diverses et variées, petites mesquineries, jalousies, vols, détournements, violences familiales, …
Je n’ai pas besoin de beaucoup creuser, instinctivement je dis toujours le mot ou la phrase qu’il faut (ou qu’il ne faut pas) pour déclencher le cataclysme. Je fais ressortir la vérité, même si elle est laide, même si elle fait mal.
Dans mon bureau on crache le morceau, on craque, on avoue. Ca frise le paranormal.
Hier j’ai fait avouer à une femme qu’elle n’était pas la mère de son fils, avant-hier un monsieur a reconnu avoir une double vie, la semaine dernière deux sœurs ennemies m’ont expliqué pourquoi elles sont ennemies, …
J’ai annoncé à un gars que sa nouvelle chérie était en réalité sa sœur (c’est vrai), j’ai appris à un autre que son vrai père biologique était mort, j’ai expliqué avec précautions à une dame que son défunt mari avait un vice un peu dégueu, …
L’aspect purement technique de mon job est intéressant, mais l’aspect humain est totalement fascinant.
Chaque fois que je rentre un nouveau dossier je me demande ce que je vais mettre à la lumière.
Mon regard n’a rien de malsain, je tiens à le préciser, en réalité ce que j’aime c’est réinstaller la paix et la vérité quand je peux. J’y parviens souvent.
Je sais bien que toute vérité n’est pas bonne à dire, mais je me sens un peu comme ATHENA dans ces moments-là.
A mon avis les secrets empêchent les gens de progresser.
Je n’en reviens pas de ce que tous les gens cachent, de tous ces mensonges, de tous ces non-dits.
On ne protège pas ses proches en leur taisant la vérité.
Ça fait partie de mon travail caché, qui ne rentre pas dans les stats et le chiffre d’affaire.
Mais c’est l’unique raison pour laquelle je continue à exercer ce métier.

Poésie


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