Pablo Neruda … « Je ne t’aime pas ».

Je ne t’aime pas telle une rose de sel, topaze, œillets en flèche et propageant le feu : comme on aime de certaines choses obscures, c’est entre l’ombre et l’âme, en secret, que je t’aime. Je t’aime comme la plante qui ne fleurit, qui porte en soi, cachée, la clarté de ces fleurs, et grâce à ton amour vit obscur en mon corps le parfum rassemblé qui monta de la terre. Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où, je t’aime sans détour, sans orgueil, sans problèmes : Je t’aime ainsi, je ne sais aimer autrement, Je t’aime ainsi, sans que je sois, sans que tu sois, si près que ta main sur ma poitrine est à moi, et si près que tes yeux se ferment quand je dors.

Sache que je ne t’aime pas et que je t’aime puisque est double la façon d’être de la vie, puisque la parole est une aile du silence, et qu’il est dans le feu une moitié de froid. Moi je t’aime afin de commencer à t’aimer, afin de pouvoir recommencer l’infini et pour que jamais je ne cesse de t’aimer : c’est pour cela que je ne t’aime pas encore. Je t’aime et je ne t’aime pas, c’est comme si j’avais entre mes deux mains les clés du bonheur et un infortuné, un incertain destin. Mon amour a deux existences pour t’aimer. Pour cela je t’aime quand je ne t’aime pas et c’est pour cela que je t’aime quand je t’aime.

Je t’aime parce que je t’aime et voilà tout et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer et de t’attendre alors que je ne t’attends plus mon cœur peut en passer du froid à la brûlure. Je ne t’aime que parce que c’est toi que j’aime et je te hais sans fin, te hais et te supplie, et la mesure de mon amour voyageur est de ne pas te voir, de t’aimer en aveugle. Et si, lumière de janvier, tu consumais ton rayon cruel, et mon cœur tout entier, me dérobant la clef de la tranquillité ? En cette histoire je n’arrive qu’à mourir et si je meurs d’amour, c’est parce que je t’aime, parce qu’amour, je t’aime, et à feu et à sang.

À ma mort tu mettras tes deux mains sur mes yeux, et que le blé des mains aimées, que leur lumière encore un coup sur moi étendent leur fraîcheur, pour sentir la douceur qui changea mon destin. À t’attendre endormi, moi je veux que tu vives, et que ton oreille entende toujours le vent, que tu sentes le parfum aimé de la mer, et marches toujours sur le sable où nous marchâmes. Ce que j’aime, je veux qu’il continue à vivre, toi que j’aimais, que je chantais par-dessus tout, pour cela, ma fleurie, continue à fleurir, pour atteindre ce que mon amour t’ordonna, pour que sur tes cheveux se promène mon ombre, et pour que soit connue la raison de mon chant.

autre traduction

Sonnet XVII

Je ne t’aime pas comme rose de sel, ni topaze
Ni comme flèche d’oeillets propageant le feu:
Je t’aime comme l’on aime certaines choses obscures,
De façon secrète, entre l’ombre et l’âme.

Je t’aime comme la plante qui ne fleurit pas
Et porte en soi, cachée, la lumière de ces fleurs,
Et grâce à ton amour dans mon corps vit l’arôme
Obscur et concentré montant de la terre.

Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où,
Je t’aime directement sans problèmes ni orgueil:
Je t’aime ainsi car je ne sais aimer autrement,

Si ce n’est de cette façon sans être ni toi ni moi,
Aussi près que ta main sur ma poitrine est la mienne,
Aussi près que tes yeux se ferment sur mon rêve.

Traduit par Ricard Ripoll

Sonnet LXVI

Je t’aime parce que je t’aime et voilà tout
et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer
et de t’attendre alors je ne t’attends plus
mon coeur peut en passer du froid à la brûlure.

Je ne t’aime que parce que c’est toi que j’aime,
et je te hais sans fin, te hais et te supplie,
et la mesure de mon amour voyageur
est de ne pas te voir, de t’aimer en aveugle.

Et si, lumière de janvier, tu consumais
ton rayon cruel, et mon coeur tout entier,
me dérobant la clef de la tranquilité?

En cette histoire je n’arrive qu’à mourir
et si je meurs d’amour, c’est parce que je t’aime,
parce que d’amour, je t’aime, et à feu et à sang.

Traduction de Jean Marcenac et André Bonhomme

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À propos de angelenemus

Artisan du MERVEILLEUR (à la recherche du MERVEILLEUX, en qualité de VEILLEUR, pour vivre le MEILLEUR)

Publié le 14 février 2012, dans LE MERVEILLEUR, les rêves d'Angel, Love Love Love. Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Il fallait qu’il m’accroche pour écrire car moi toute ce qui souligne les fetes que ce soit noel, nouvel année paques st valentin je passe a coté mais la ton texte m’a accroché et j’adore

  2. Je te dis merde ma chérie

    ma précieuse
    mon amour
    mon épouse
    mon éponge
    ma dulcinée

    Je te dis merde mon espionne
    mon infirmière
    ma salope
    ma déesse
    mon moustique

    Je te dis merde mon Egérie
    mon élégie
    ma compagne de déréliction
    ma soeur en diable
    ma chère incomparable
    ainsi qu’à toutes les métamorphoses

    Je te dis merde en vingt langues étrangères
    je te dis merde dans le jeu
    en poésie
    en rêverie
    en ma philosophie

    Je te dis merde dans ma solitude
    en inquiétude
    en aventure
    en mes luxures

    Je te dis merde dans mes maladies
    en mes vieux jours
    en ma fidélité
    en état de malédiction

    Je te dis merde à toute épreuve
    à pied et en hélicoptère
    je te dis merde au nom de l’anarchie
    je te dis merde à cheval et en patins à glace
    je te dis merde et ça porte bonheur
    je te dis merde puisque ça me délivre
    puisque contre toutes les apparences
    il m’en est advenu de t’aimer sans espoir
    du fond d’un gouffre noir
    loin des sentiers battus et des maigres devoirs.

    Achille CHAVEE

  3. Plus de feu,plus de sang,juste la Paix…Enfin je crois. 🙂

  4. Les mots de Neruda sont plein de sagesse

  5. « Je passe » – pas Pablo Neruda, la saint machin.

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