CHRONIQUES DE L’ORDINAIRE – Mina.

Elle s’appelle Mina, comme l’héroïne de Bram Stocker.
Encore une rencontre improbable.
Mina est aujourd’hui une vieille dame. Elle parle français avec un accent ibérique trés prononcé.
Grosse femme au physique de matrone, cheveux anciennement noir de jais, devenus gris et blancs.
Elle sentait trés fort l’essence de rose.
D’ailleurs elle était habillée tout en camaïeux de roses, mauves, parmes et violets.
Elle venait pour des problèmes de succession internationale : son premier mari venait de mourir. Il l’avait nommée seule et unique héritière (malgré 30ans de séparation géographique) et elle avait besoin de documents administratifs.
Son premier mari vivait encore dans un pays d’amérique du sud dont je tairais le nom, car Mina est connue là bas.
J’ai vérifié après son départ, elle est référencée sur facebook.
Car oui, Mina est bien plus que la matrone rose et ibérique qu’elle a l’air d’être.
Parce que quand Mina m’a un peu parlé d’elle même, je ne l’ai pas crue. Mea culpa.

Mais comment a-t’elle atterri ici ?
Loin de toute vie politique internationale, cachée au fin fond de l’arrière pays méditerranéen ?

Mina, dans son pays d’origine, a fait de longues études en mèdecine et s’est spécialisée en psychiatrie.
Elle était issue d’une famille de l’intelligencia et a eu la « chance » de pouvoir être lettrée.
Alors qu’elle était étudiante, elle est devenue le fer de lance d’un partie socialiste dans un pays macho et plutot de droite.
Ca ne m’étonne pas qu’elle soit devenue une icone de la libre pensée : elle est brillante à tous points de vue.
Il y a une photo d’elle en première page d’un grand magazine américain des années soixante qui parle des révolutions de l’amérique latine … Elle était incroyablement belle, brune piquante au regard franc et pétillant.
Trés vite elle n’a plus pu exercer son métier de psychiatre.
Trés vite elle n’a plus pu sortir de chez elle.
Trés vite elle a commencé à subir des vexations, privations, et pressions politiques diverses.
Elle a été arrétée plusieurs fois, son mari aussi (un compagnon de fac), les services gouvernementaux lui ont pris son bébé nouveau né.
Elle a donc décidé de s’exiler.
Dès qu’elle a récupéré son enfant, elle a réuni quelques effets personnels et elle a quitté son pays.
Son mari est resté là. Parce qu’il y avait les parents dont il fallait s’occuper, parce qu’il ne voulait pas abandonner la propriété.
Ils ont vite divorcé pour qu’on le laisse tranquille.
Mina avait des contacts à PARIS dans les milieux politiques et intellectuels.
Elle est donc venue en France.

Un journaliste sympathisant l’a épousée trés vite pour qu’elle puisse rester sur le territoire.
A l’époque la France n’était pas socialiste et elle n’a pas pu obtenir le statut de réfugiée.
De loin elle a continué à écrire des articles (avec l’aide de son nouveau mari), pour continuer à laisser parler la petite voix de la liberté dans son pays.
Puis elle a laissé tomber le combat quand son frère a été assassiné.

Elle a validé ses diplomes de psy sur le territoire français et a repris une activité professionnelle.
Elle est trés vite devenue chef de service dans un grand hopital psychiatrique de la capitale où elle a exercé pendant plus de vingt ans.
Puis elle a rencontré Martin.
Martin l’homme du sud. Le grand brun affolant qui partage sa vie maintenant. Ils vieillissent doucement ensemble.

Mina était dans mon bureau, elle s’est un peu dévoilée. Elle n’arrêtait pas de rire.
Elle était volubile et séductrice.
On a vraiment sympathisé. Je n’avais pas envie qu’elle parte.
Elle avait du mal à partir.
Je lui ai dit que je reconnaissais en elle la « divine déesse ».
Elle a beaucoup aimé l’expression.

Quand elle est partie, elle m’a serrée trés fort contre elle, puis m’a attrappé le visage et m’a juste dit :

« Toi tu es une divine déesse, tu es pleine d’amour, ne le refoule pas, continue à l’offrir même si ça te fait mal parfois. Même si ceux à qui tu offres tant d’amour ne sont pas capables de le prendre comme il se doit. Même s’ils sont hostiles à ce précieux cadeau. Même s’ils te prennent pour une illuminée. Tu es faite pour l’amour et la joie. Alors accepte ce don de dieu et vibre d’amour ma belle. »

J’en suis encore toute bouleversée.
J’ai rencontré une DONI, la mère et femme primordiale.

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À propos de angelenemus

Artisan du MERVEILLEUR (à la recherche du MERVEILLEUX, en qualité de VEILLEUR, pour vivre le MEILLEUR)

Publié le 11 décembre 2011, dans CHRONIQUES DE L'ORDINAIRE, LE MERVEILLEUR, Love Love Love. Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Tu fais de belles rencontres dans le cadre de ton travail, même si à prime abord la matière ne s’y prête pas.

  2. Je crois que je connais cette femme ou du moins son histoire… Et je vois très bien le pays dont tu parles…

    Sinon : Encore une version d’une autre femme, mais qui finalement se rejoignent. Je trouve. Même si ça va faire râler.

    Aparté : bien sur que tu es faites pour l’Amour !

  3. La magie des rencontres…
    Echange d’Âme à Âme
    C’est… bôôôôôô
    Merci pour ce partage

  4. Rose,mauve,parme et violet,…C’est vrai que c’est beau.

  5. L’amour et l’humour sont communicatifs…..

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