Archives Mensuelles: avril 2011

LA PARALLELE


J’ai marché en parallèle d’humains extraordinaire-ordinaires.

Ma vie fût plutot paisible. Je ne suis pas faite pour les grandes émotions.

Mais parfois, quand je tournais la tête, je voyais, auréolé d’un incroyable faisceau doré, un humain  hors norme. Et qui ne savait pas ce qu’il dégageait. Et que je voyais. Et que personne d’autre ne voyait. Alors je racontais ce que j’avais vu, entendu, senti, ressenti. Ces être n’ont pas su que j’écrivais mes chroniques ordinaires pour eux. Je me suis toujours demandé s’ils m’en voudraient de leur voler un peu de flamme pour la mettre sur le papier.

Je pense à eux souvent et me dis que mon destin, mon petit destin, est de parler d’eux, d’écrire sur eux, même si c’est maladroit. Parce que j’ai un don : mes yeux voient la beauté invisible. Je vois aussi la laideur invisible, c’est le prix à payer, cet incroyable pouvoir qui me rend si peureuse avec les autres. Le monde est plus envahi de laideur que de beauté. Alors la beauté, la vraie beauté, la grandeur, il faut la montrer quand on la voit. C’est ça qui fait que l’humain mérite de survivre.

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et surtout …


Ghinzu – This light


Ha si seulement …


Si je pouvais juste me laisser aller, sortir au milieu de gens qui font la fête, me sentir bien et légère parmi eux, me sentir comme faisant partie de la frénésie de la danse, de ses gens qui ne pensent pas et rient, boivent, se parlent, se connectent, se draguent, s’échangent leur numéro, se coulent des regards lascifs,

mais non, je ne suis pas comme ça. Je suis sauvage.

J’y vais quand même.

CHRONIQUES DE L’ORDINAIRE – Marie et la Communauté


J’ai retrouvé Marie sur Facebook. Enfin, « retrouvé » est un bien grand mot. Elle est prof de Français sur Paris, mariée à un prof de Bio, maman de trois enfants. Elle m’a juste dit qu’elle ne voulait pas se rappeler de la phase de vie dont je faisais partie et préférait donc ne pas avoir de contact.

Ca ne m’étonne pas vraiment.

Nous nous sommes rencontrées en primaire, elle est arrivée en milieu d’année, est restée moins d’un an et a disparu. Nous avons immédiatement sympathisé à cause de notre goût commun pour les livres. Elle m’a marquée, vu les évènements arrivés par la suite. Je suis contente pour elle qu’elle se soit équilibrée.

Dans mon village, dans les années 80, s’est installée une bien étrange communauté. C’était les années new-age, héritage de Woodstock et de la mode hippie.

C’était un groupe de babas-cool qui avaient acheté un ancien corps de ferme pour le retaper. Plusieurs maisons accrochées à la montagne, perdues au milieu des rochers et des chatainiers. Plusieurs familles vivaient là. De ces anciens citadins qui croyaient aux vertus du retour à la nature. Adeptes d’une certaine idée de liberté, un peu anar, un peu utopistes. Je ne sais pas trop comment ils s’étaient retrouvés là.

Chaque groupe familial avait sa propre maison mais ils partageaient tout, bossaient ensemble, mangeaient ensemble.

Ils redonnaient vie aux vieilles pierres, remontaient lentement mais surement chacune des maisons. A la place des ruines poussait un hameau fait de bric et de broc.

Les enfants étaient mélangés, ça courrait de partout, ça avait l’apparence d’un retour à la nature réussi.

Ils vivaient quasiment en autarcie, on ne les voyait pas au village, du coup leur mode de vie alimentait sans fin les conversations des paysans du coin. Ca fantasmait grave sur ce qu’il devait se passer là haut …

Marie vivait là.

Sa mère était une femme échevelée avec la poitrine à l’air la plupart du temps. Je ne comprenais pas à l’époque, mais en réalité elle était défoncée la plupart du temps. Je n’ai jamais compris s’il y avait un père ou pas.

Cette communauté faisait aussi office de famille d’accueil pour des enfants de la dass en perdition. Je ne pense pas que ce serait possible actuellement tant ils étaient décallés.

Un jour une quinzaine d’enfants est arrivée à l’école, mon école. Le Directeur (qui était aussi l’enseignant pour les classes de cm1 et cm2 – son épouse enseignant en cp, ce1 et ce2) a paniqué, l’école était trop petite pour accueillir tous ces enfants. Finallement le rectorat a rapidement envoyé une nouvelle instit (ça fonctionnait à l’époque).

On peut vraiment parler de choc culturel. Pendant quelques mois, la petite école tranquille a été secouée en tous sens par cette troupe d’enfants dont certains avaient de sérieux problèmes psy.

Je ne vais pas entrer dans le détail de cette découverte de la violence, du racket, d’enfants qui ne savaient ni lire ni écrire, qui sniffaient de la colle, qui pour certains étaient hélas sexués (on parle d’enfants de moins de 11ans) … bref, ça a été extrèmement choquant pour les petits paysans naïfs et paisibles que nous étions.

Moi j’avais Marie. Elle et moi faisions le tour de la cour, main dans la main, à nous raconter le Jules Verne que nous lisions simultanément. Cette amitié étrange me rendait intouchable pour les autres enfants de la communauté. Je partageais tous les jours mon goûter avec Marie. Elle me ramenait des petits bouquets de fleurs séchées ou des insectes dans des bocaux.

Un mardi elle m’a demandé si je voulais venir le lendemain passer l’après midi chez elle. J’étais enchantée.

Sa mère, pour une fois habillée et coiffée, attendait ma mère à la sortie en gage de bonne foi. Maman n’a pas été facile à convaincre, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais c’était avant que toute la lumière soit faite sur la communauté, alors elle a fini par dire oui.

J’ai passé un après midi de rêve, j’ai été éblouie par leur vie, les enfants faisaient ce qu’ils voulaient, une femme nous a fabriqué des sucettes avec des fraises des bois et du sucre, il y avait deux hommes qui chantaient en mettant des tuiles sur un toit, un autre qui fabriquait une table en bois, un qui tentait de réparer une trés vieille camionnette. Deux femmes étaient installées sur des matelas dehors, elles bronzaient nues en fumant. La mère de Marie, à nouveau torse nu, faisait de la lessive dans un grand baquet en bois dehors.

C’était totalement exotique pour moi.

Sauf que bien sûr la réalité était affreuse.

Quelques mois plus tard les gendarmes sont venus, un des enfants envoyé par la dass était mort d’un empoisonnement au dissolvant. La hameau a été fouillé de fond en comble, il y avait des plantations de canabis, de grandes quantités de drogue aussi. La plupart des enfants était en carence alimentaire, certains avaient subi des maltraitances sérieuses y compris sexuelles. Les adultes ont été emprisonnés, tous les enfants embarqués pour je ne sais quelle destination. Je n’ai pas eu le temps de dire au revoir à Marie.

Ma mère a salement crisé de m’avoir laissée là bas tout un après midi. Elle a passé des heures et des heures à me poser des questions sur ce qu’on m’avait fait.

Tout le monde s’est empressé d’oublier cet épisode, surement parce qu’il y avait une forte culpabilité à avoir gueulé autant contre ces hippies mais sans rien faire finallement pour les enfants.

Marie est sur facebook et elle s’en est sortie. C’est pas grave si elle ne veut pas me parler.

Mais c’est bien sûr !!


« D’après une théorie, le jour où quelqu’un découvrira exactement à quoi sert l’Univers et pourquoi il est là, ledit Univers disparaîtra sur-le-champ pour se voir remplacé par quelque chose de considérablement plus bizarre et inexplicable.
Selon une autre théorie, la chose se serait en fait déjà produite. »

(Douglas Adams)

Insomnie


XXI – LE MONDE


 

Le tirage est toujours le même pour toi.

Le monde en ton centre . Tu es le monde. Tu fais partie du TOUT plus que personne.

A la fois microcosme et macrocosme.

Tu as compris ta propre divinité. Tu SAIS.

Tu portes le passé, le présent et le futur. Tous inscrits dans tes cellules d’instant présent.

Pas besoin de cartomancienne.

Tu es définitivement l’écrivain du chemin.

C’est toi qui choisis et décides.

Car tu SAIS maintenant ce qui est le meilleur pour toi.

 

 

Anniversaire de blog


J’ai ouvert mon premier blog public en avril 2008.

Certains d’entre vous me suivent depuis cette date. Ca fait déjà trois ans. Etrangement, ceux qui me lisent régulièrement me connaissent plus que mes proches par certains aspects. Evidemment sur le blog mes mauvais côtés sont floutés. Cependant je crois que ça me ressemble.

Depuis avril 2008 j’ai cumulé plus de 100.000 connections de lecture.

Non pas que j’ai eu autant de lecteurs en réalité, mais que j’ai la chance d’avoir des lecteurs de qualité et fidèles qui me suivent régulièrement. Presque pas de critiques, des encouragements, de la connivence, de l’humour, des liens d’amitié solides, de belles rencontres virtuelles ou pas.

Je me suis découvert un réel plaisir à écrire et à vous lire.

merci !

Histoire de la petite mendiante


Ce matin j’avais rendez-vous en ville assez tôt avec ma fillette pour un problème d’appareil dentaire. Elle était stressée et pas trés agréable à vivre. Elle tentait de négocier avec moi sa patience contre un cadeau quelconque. Et vraiment je n’étais pas d’humeur. C’était un moment moyen comme il y en a tous les jours. Une obligation agaçante qui vient perturber le rythme cool des vacances.

Quand nous sommes sorties du rendez-vous, en bas de cet immeuble cossu du centre, il y avait une fillette rom du même âge que ma fille qui tendait la main en psalmodiant des trucs incompréhensible d’une voix monotone. Elle était plutot sale et ses habits étaient complètement disparates.

Les deux fillettes se sont regardées : la mienne avec étonnement, l’autre enfant était impassible et éteinte. La petite rom a tendu la main vers ma fille :

« bon courage madame, des centimes, bon courage »

– « quoi ? qu’est ce qu’il y a ? »

– « des centimes, bon courage madame »

– « tu sais pas parler ?

– « bon courage madame »

– « maman elle est bizarre la fille »

Je lui ai donné un peu d’argent bien que je n’aime pas ça, je préfère donner à manger, ça au moins je suis sure que la gamine le gardera pour elle. On est parties.

J’étais trés troublée par la situation. Et ma fille aussi. Nous avons parlé longuement de ça, de la mendicité, de la façon dont d’autres enfants grandissent, du fait que tout le monde ne commence pas avec les mêmes chances dans la vie,  de sa place à elle dans la société, dans la famille, à l’école, des attentions dont elle était entourée.

Je crois bien qu’elle n’avait jamais réalisé.

Elle n’a plus exigé de cadeau pour être sage. Elle est trés agréable depuis. Là elle bosse.

Ca ne va pas durer, mais il me semble qu’il s’est passé un truc important ce matin.