Archives Mensuelles: février 2010

IL


IL m’attendait en bas.
de mon bureau je pouvais le voir, près de la boutique des luminaires.
Parfois il fumait, parfois il restait là, paisible, à regarder les gens autour de lui ; à s’amuser de leur hâte.
Je comptais les minutes, le coeur rempli de joie.
J’aurais aimé lui sauter dans les bras, le dévorer là, en pleine rue, sous les fenêtres de ma boite.
Je descendais vite, mais l’étreignais discrètement, pleine de pudeur.
On partait ensemble, cherchant un coin pour poser notre amour clandestin, pour pouvoir se toucher et se frotter l’un à l’autre.
Sa bouche me manque.
On parlait tout le temps, de tout et de rien.
Chaque conversation refaisait le monde et nous donnait un sentiment de puissance infinie.
Parfois nous n’étions pas d’accord, et c’était si agréable d’argumenter l’un contre l’autre
parce qu’il faut bien le dire, autant l’un que l’autre n’avions l’habitude d’être réfuté.
Nos dialogues étaient remarquables à nos yeux, nébuleux pour les autres … mais les autres on s’en moquait ! rien ne comptait en dehors de NOUS.

dimanche après midi


Mes poches sont pleines de sable …
 
je reviens de la plage
il faisait chaud
les petites ont quitté leurs chaussures, leurs chaussettes, leurs manteaux, leurs écharpes, leur pull
elles ont couru dans les flaques boueuses en hurlant joyeusement
elles ont ramassé des coquillages, des galets tout ronds et les ont enfouis dans mes poches
elles se sont roulées dans le sable sec
elles ont écrit des lettres et des mots
leurs cheveux volaient
 
en rentrant je leur ai fait des crèpes à la cassonnade
c’est bon la vie.
maintenant elles se collent à moi sur le canapé et on va regarder POCAHONTAS ensemble
dimanche paisible et plein d’amour.
 

UNDISCLOSED DESIRES



plus je me perche,
moins tu existes

Invisible


Je voulais être invisible
Dans une bulle
Je voulais ne plus être dans ce monde
Flotter loin
Hors de portée
Plus près du cosmos qui m’a fait naitre
 
Mais ce n’est pas ce pourquoi je suis là
 
 

29 février


Tout à l’heure, juste à 23:60 ce sera le 29 février
le jour du temps X plus 6 mois.
L’échos de la fin de mon monde
Le germe de la naissance du nouveau
 
 
j’y penserai …

La main


 
Tu ES depuis toujours
Vois ta trace
Remonte dans la spirale de ton propre adn
Tu retrouveras le souvenir
La fraicheur de la caverne
Le gout de la boue que tu as craché
La cérémonie
Rappelle toi, tu ES depuis toujours …

il suffit de serrer les lèvres et de souffler …


Banale histoire de LUI et moi


J’ai usé de ma liberté de choix en tentant de respecter et de ne pas contrarier les multiples énergies en oeuvre.
Je souhaitais parvenir à les concilier … mais dans la mesure où ces énergies prenaient leur source en dehors de moi, mon champ de manoeuvre était peu étendu.
Il en a résulté un chaos indéfinissable, une domination de certains courants par rapport à d’autres.
Ceci créant des errances, des frustrations, des crises d’égo.
LUI surtout.
Il m’a mise en demeure de le choisir.
Je l’ai évincé, sans colère mais sans doutes.
J’ai choisi l’ami et l’enfant.
J’ai écarté de moi l’homme que j’aimais.
 
Il en a résulté une énorme tristesse, collante comme un goudron.
Elle m’a empoissée pendant des mois, m’a envahie jusqu’au plus profond de mon être.
 
La pensée du « IL » ne me quittait plus, revenant encore et encore. Un leitmotiv, une addiction insupportable.
Je sentais ses pensées pour moi, sa rancoeur, sa rage à mon encontre.
C’était un flot quasi-permanent, un serpent sans fin de lui à moi.
Parfois mordant, parfois carressant, toujours désespéré.
Il continuait de préserver le contact.
Puis il cessa.
 
Je restais longtemps sans nouvelles.

Histoire d’une histoire d’amour – Françoise et Christian


J’avais des papiers à leur faire signer,
une fois n’est pas coutume, je suis allée chez eux.
Ca fait dix ans que je les connais.
J’ai encore observé avec une certaine émotion la grâce des gestes qu’ils ont l’un pour l’autre,
j’ai souri en les entendant se vouvoyer.
 
Dix ans de mariage, trente ans de concubinage après leur divorce …
Il était Professeur de langues anciennes, elle était ingénieur en archéologie.
Ils se sont rencontrés à la fac, il y a longtemps.
C’est un littéraire exceptionnel, cultivé, un rat de bibliothèque. Il porte des costumes en tweed et des noeuds pap.
C’est une aventurière, elle a parcouru le monde plusieurs fois, elle était de toutes les fouilles.
Quand il n’est pas le nez dans un livre, il n’aime rien tant qu’être dans sa maison à la montagne, près d’une flambée dans la grande cheminée ancestrale.
Quand elle quitte ses rangers de baroudeuse c’est pour mettre des escarpins et faire du shopping rue Montaigne.
 
Il ne s’ennuie jamais, son monde intérieur est son meilleur refuge. Et il l’attend.
Elle n’arrête jamais de bouger, elle connait un monde fou. Et elle revient toujours.
 
Une fois elle est revenue enceinte … d’un autre.
Ils ont divorcé.
Il n’a jamais été aussi malheureux qu’à cette période.
 
Puis elle est revenue avec son petit garçon.
C’était la chose la plus naturelle qui soit.
Un temps elle est restée là, elle est devenue une mère, une épouse.
Elle a fait un autre bébé avec lui.
Il était parfaitement heureux.
Les garçons ont grandi.
 
Bien sur elle est repartie sur ses sites archéologiques.
Mais il était bien, il s’occupait des enfants, il écrivait des livres sur le symbolisme des lettres, le son des mots.
Il enseignait toujours, il donnait des conférences.
Trois hommes à la maison.
Tous les trois l’attendaient … elle.
A chaque retour c’était la fête, la folie à la maison, un ouragan.
 
Le temps passe vite.
Quand elle s’est sentie lasse et qu’elle a voulu se poser pour de bon les garçons avaient quitté la maison.
Elle lui a dit "je ne suis pas capable de vivre avec vous, et encore moins sans vous".
Il a dit "la maison est immense, il y a de quoi faire deux appartements ma douce".
Et c’est ce qu’ils ont fait.
elle vit au rez-de-chaussée, tout est toujours grand ouvert chez elle, les rideaux volent à l’extérieur, aspirés par les courants d’air.
Il vit à l’étage, il y a des livres partout et des fauteuils en cuir.
 
Chaque fois qu’ils se croisent dans le jardin ou dans la maison, ils réussissent à se surprendre, ils sont tout contents, se font des calins, s’invitent au restaurant.
 
Ils m’ont reçue dans son salon à elle. Thé vert et macarons (ils me connaissent autant que je les connais).
Il est malade. Alzheimer.
Elle va le garder à la maison jusqu’au bout.
Il hausse les yeux aux ciels "ho que non ma chère, je ne veux pas que vous me voyiez dans cet état".
Et elle de rétorquer dans ses dents "cause toujours …"
 
Je les aime.