Mort et amor


Thanatos et Éros se disputent mon énergie.

Je suis celle qui console ces derniers jours, mes amis et amours sont en deuil et ont besoin de moi.

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Histoire d’alcoolisme


Je savais que cet homme était alcoolique.

Il est mort cette nuit aux urgences. Il n’est pas revenu de son trip à 5 grammes.

Je ne le connaissais que très peu.

Ça a pourtant un impact sur moi. Une sorte d’effet secondaire.

Il avait mon âge, et c’était le papa de la petite Chloée.

Chloée est la « bestA » de ma fille depuis la maternelle.

C’est Chloée qui a trouvé son père inconscient cette nuit, c’est elle qui, à 16 ans, connaît par coeur le numéro des secours, qui sait quoi faire quand elle le trouve comateux baignant dans son vomi.

Cette nuit il est mort.

Ma fille a balancé mes deux canettes de bière et une bouteille de rouge stockée par là.

Ce n’est pas grave.

J’avais remarqué qu’il buvait, et que Chloée avait une petite mine triste. Je n’aurais jamais imaginé qu’il était à ce point attaqué par sa maladie.

Je me sens mal. Ma gosse va mal en pensant à sa meilleure amie. C’est un jour étrange.

Le royaume des menteurs


Troisième mois dans mon nouveau boulot.

J’ai, grosse modo, fait le tour des « personnages » de l’entreprise.

Il y a quand même une particularité.

Une majorité d’entre eux passe son temps à mentir. Même quand ça n’est pas utile, même quand ça se voit.

Je m’en suis rendue compte assez vite.

Par simple recoupement. C’est très spécial.

Mon recrutement était improbable. C’est un village paumée peu attractif.

Donc ils étaient tous curieux de moi, à se disputer mes faveurs et m’engluer dans leurs compliments souvent ridicules.

J’ai le plus gros salaire et on m’a présentée comme le messie.

Alors ils en font des tonnes… Y compris se fienter les uns sur les autres pour être plus intimes avec moi.

Et là, ça me répugne. Tout cet étalage de névroses ultra pathologiques.

Ils sont huit et ils sont tous cinglés, schlérosés de n’avoir jamais vu autre chose. Et ça lèche les fesses de l’autorité, et ça blablate, ça fait de la délation…

Une micro société de menteurs.

Et moi je me tais. Pour ne surtout pas donner prise à leurs ragots.

Et même en me taisant je me retrouve embarquée dans des instants déplaisants.

Alors je dis ce que j’ai à dire. Sans viser personne j’exprime ma répugnance aux ragots, au cassage malveillant et aux conneries de cours de récré.

Tout à l’heure, mon boss gêné m’a demandé pardon de m’avoir balancée dans ce panier de crabes.

J’ai ri.

Mon énergie est largement capable de balayer tout ça. Ça va se faire.

Je suis magique, non ?

Ce qui rend heureux


Collocation


Je partage ma maison de campagne avec diverses créatures autochtones.

Ils sont peinards chez moi, je ne les tue pas.

Araignées, scorpions, lézards, salamandres, fourmis, hannetons, couleuvres, hérissons, sauterelles, grenouilles,…

On cohabite.

Avec parfois quelques bouffées de stress de part et d’autre.

On se croise avec du dégoût ou des grimaces, et mêmes des glapissements de ma part. (je ne sais pas si un serpent ça glapit).

Mais je campe fermement sur ma politique de protection des bébettes.

Good girl _ Bad girl


Je suis à 80% une gentille fille.

Mais il reste 20% de vilaine fille.

Et cette partie de moi, que je réussis à maîtriser la plupart du temps, fait parfois des sorties tonitruantes et décapantes.

En aucun cas je ne suis domesticable éventuellement apprivoisable, mais ce n’est pas garanti.

Histoire de timidité


À la manière de ces enfants maladivement timides qui rougissent dès qu’on leur adresse la parole et qui souffrent tellement de cette timidité qu’ils se jurent de s’en débarrasser,

Je suis devenue exubérante avec excès, usant de causticité et d’humour noir pour amuser la galerie.

Grossière parfois, plus par provocation que par goût et souvent un peu trop brutale dans le verbe.

Pour autant, encore habitée par la petite fille trop sensible et tendre.

Je suis une femme douce et craintive qui porte une carapace pour protéger son hyper sensibilité.

Il y a quelques jours, invitée à une soirée « filles », dans un bar à fruits de mer, j’étais sensée me détendre, rire, m’amuser.

Cinq quinqua, du vin blanc, des histoires à se raconter, l’envie de dire des bêtises.

J’ai dit des bêtises, avec mon rire tonitruant et ma voix de castafiore.

Et la fille à côté de moi m’a purement et simplement démolie.

Avec une voix mielleuse (fielleuse) et paisible, elle m’a demandé si j’étais capable de m’exprimer sans tenir de propos orduriers, m’informant qu’elle me trouvait monstrueuse dans mon genre, que j’étais choquante et irrespectueuse. Que mon ego était insupportable.

Ça m’a complètement agressée. J’ai dû partir aux toilettes pour pleurer un chouia et reprendre contenance.

Après je n’ai pas réussi à parler. Ça a tué ma joie de vivre.

Les autres convives ont pris mon parti immédiatement. Tout le monde était choqué. C’était juste une soirée.

Bien sur que j’ai parlé crûment, que j’ai raconté des histoires douteuses, parce que c’était marrant, parce qu’il n’y avait là que des grandes filles aguerries. Je n’ai pas été vulgaire, je n’ai manqué de respect à personne, j’ai surtout ri de moi même.

Et voilà, elle m’a replongée en cinq minutes dans mes angoisses de gamine.

Ce monde sombre où personne ne m’aime tant je suis insipide.

Alors mon cerveau m’a déroulé encore une fois mes échecs, mes moments de honte extrême, mes moments d’invisibilité.

Et puis il est arrivé.

Il m’a prise dans ses bras et je me suis sentie unique et exceptionnelle.

Et plus rien n’a été grave.

Il a fait disparaître les humains fétides.

Mon magicien.


J’étais baigné de sentiments infinis, tendres ;
J’étais bercé d’images vaporeuses, vagues ;
J’étais plus grand et plus fier tout à la fois.
J’aimais. ~

Gustave Flaubert
L’éducation sentimentale

Histoire de ma mère


J’entends des femmes parler de leur mère avec des trémolos dans la voix,

C’est un modèle pour moi, c’est ma meilleure amie, elle est extraordinaire, mère courage, mère tendresse, mère poule, bla-bla-bla.

Moi ma mère je ne sais pas en parler . Non pas que j’ai un blocage ou trauma.

Mais je frise l’indifférence avec elle.

C’est d’ailleurs révélateur de quelque chose vu que je suis une boule d’amour.

Ma mère est une petite femme sèche. Pas très gentille, pas très bienveillante.

En général ses conseils sont malavisés. Elle est belliqueuse.

L’âge ne lui a pas apporté la sagesse, elle n’a jamais été douce ou aimante ou câline.

Pour l’amour mes frère et sœurs se sont toujours tournés vers moi. Je les ai protégés d’elle toute ma jeunesse.

Elle ne fait pas exprès d’être comme ça, c’est une orpheline qui a été maltraitée dans sa petite enfance. Ville du nord, corons oubliés de l’après guerre. Anorexie, soeur marâtre, misère, scolarité aléatoire.

Sa vie a changé quand elle a déménagé dans le sud. Son potentiel s’est révélé. Elle est largement plus intelligente que les membres de sa lignée. Elle a fait son chemin. Chef d’entreprise, mère de famille, tout ça.

Et bien sûr victime et bourreau de mon père.

Pour l’émotion ma mère communique par la nourriture. C’est une virtuose culinaire.

Elle nourrit sa tribu et l’émotion qu’elle génère la rend un peu humaine.

On se retrouve tous régulièrement à sa table. Elle râle du travail que ça lui donne. Mais elle ne laisse personne l’aider. Et elle roucoule de nos compliments.

Tout à l’heure elle m,a appelée. Râlant parce qu’il pleut et qu’elle s’ennuie.

Me parlant vertement de ma vie dont elle ne sait rien et critiquant sans fin certains de mes choix. Je lui parle peu et elle n’a pas de prise sur moi. Elle n’a jamais été ma confidente. Alors elle imagine de travers, interprète, et juge de façon cinglante.

C’est comme ça.

Un jour quelqu’un m’a demandé qui m’avait servi de modèle pour être qui je suis, et bien je n’en sais rien. Peut être l’antithèse de maman.

Je tache maintenant de l’aimer comme la mère qu’elle n’a pas eu.

Sortir de l’indifférence et essayer une autre histoire.

C’est mon cadeau.

Que restera-t-il ?


Que restera-t-il quand je ne serai plus

Hors de mon corps et éthérée

Quelques mots d’amour

Des photos, bouche rieuse, yeux tristes

Un coffret rempli de lettres, de poésie, de souvenirs énigmatiques

Des cailloux, empilés pour faire une maison, posés deci delà, gardés comme des trésors, en forme de cœur, en forme d’escargot, offert par un enfant,

De la musique chérie, chantée,

Mon enfant qui porte mon adn

Quelques amis, des grands, des petits, des lointains, quelques amants, quelques amoureux transits, hommes furtifs

Un petit espace temps de rien du tout perdu dans l’infini

Ni plus précieuse ni moins importante que qui que ce soit

Une simple goutte d’eau, unique et pourtant pareille aux autres

Que restera-t-il …